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Voies anciennes et création. Une petite fiction antique pour le jeune public, par Denise MIROIR 2010

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Une petite fiction antique pour le jeune public… 

Denise Miroir, été 2010

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Les voies anciennes sont un support pour la création artistique contemporaine et notamment une source d'inspiration littéraire.

La chaussée romaine de Bavay à Tongres a inspiré cette petite fiction antique pour le jeune public 

 

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« En résumé des chapitres précédents »… Kik » est un enfant de douze ans, gallo-romain, vivant à la fin du IIIe siècle. Dans un domaine familial situé non loin de Bavay, le long de la chaussée romaine Bavay-Tongres.

L’administration romaine avait placé deux légionnaires pour aider aux travaux et rentabiliser le domaine. L’un, Julius, a épousé une des filles de la région, c’est le père de Kik, l’autre, Cassius, est un vieux soldat en fin de contrat, qui cultive et aménage le champ dont il sera propriétaire à la fin de sa carrière. 

Chaque fois qu’il y a eu un mouvement de troupe, ils ont pu en être exemptés; mais cette fois, avec le nouveau gouverneur, sévère et intransigeant, ils ont dû quitter le domaine et la famille . 

Leur cohorte est partie vers l’Est, par la chaussée. Mais depuis lors, rien ne va plus dans le domaine ; la situation s’est aggravée et est devenue dangereuse, il faudrait prévenir le gouverneur. 

Kik se dit « il faut que Papa revienne au plus tôt » et part vers l’Est, par la chaussée… 

 

Il arrive, épuisé, au Vodgoriacum, où il retrouve Cassius et où il a de bonnes nouvelles de son père. 

Cassius va le ramener chez lui.

 

L’enfant raconte…

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« Au Vodgoriacum »

 

Comme il fallait s’y attendre, nous allons nous asseoir à l’ombre, près du puits, où, disait-on, l’eau ne remontait pas. Une petite vieille dame, richement vêtue, s’avançait à tout petits pas, des fleurs dans les bras. 

 

Cassius me dit :

 

- « C’est la mère de l’ancien gouverneur. Alors qu’il était en tournée d’inspection – c’était il y a longtemps, le gouverneur a attrapé une fièvre ; on l’a amené ici, au vicus. Sa mère est arrivée le lendemain pour le soigner et être auprès de lui, il est mort quelque temps après. Dona Flavia est restée ici, elle n’a pas voulu rentrer à Rome. A la mémoire de son fils, elle a fait ériger une grande stèle en marbre blanc gravée de lettres d’or ». 

 

- « Ah oui, j’ai vu, c’est sur la chaussée, avant d’arriver au vicus ». 

 

- « Elle va l’honorer tous les jours, par tous les temps. Elle devient un peu… ».

 

Arrivée près du puits, la petite dame se penche et appelle :

 

- « Aqualia, Aqualina , Aqualinetta. Viens ma Jolie ! Reviens ma Chérie ! Viens chercher les belles fleurs ! » Et subrebticement, elle jette ses fleurs dans le puits. Cassius bondit vers elle. 

 

- « Dona Flavia ! on vous a dit et répété mille fois de ne rien jeter dans le puits. ! Hier on vous a vu y jeter quelque chose »

- « C’est une fiole de parfum, pour son corps de déesse »

- « Et aujourd’hui des fleurs ! »

- « C’est pour mettre dans ses beaux longs cheveux »

- « Mais Dona Flavia ! Il n’y a presque plus d’eau, et vos fleurs restent là, et ça attire les mouches ! »

 

Cassius se radoucit.  

 

- « Dona Flavia , Aqualinetta ne reviendra jamais dans un puits où il y a des mouches ! Et vous le savez bien !... »

La petite Dame, toute confuse, rabat son châle sur son front et s’en va comme elle était venue, à tout petits pas.

 

Il me vient cette idée : si papa était là, il aurait vite fait de faire revenir l’eau dans le puits, lui qui est le fiancé de toutes les naïades du monde (maman riait beaucoup quand il disait ça, on les appelait et l’eau arrivait tout de suite).

 

J’extirpe de ma besace un caillou porte bonheur où j’avais autrefois gravé le portait de papa, et le montre à Cassius. Il le prend de sa grosse main, le caresse longtemps de ses doigts épais , en fermant les yeux, plein de nostalgie.

 

- « Et moi je peux ? » 

- « C’est un galet de la rivière, de ma digue, de mon champ. Il a roulé dans l’eau pendant des siècles, il peut retourner dans l’eau ».

 

Je me penche sur le puits et j’ai appelle :

- « Aqualina ,reviens ma Jolie, ton fiancé va revenir ! Viens, viens chercher son portrait » 

Et je jette mon caillou . Plouf, et quelques cercles, il disparaît pour longtemps.

 

Cassius se penche aussi et ironiquement tonne. 

 

- « Alors tu reviens ? ! Capricieuse ! Sans eau, nous sommes tous foutus » 

 

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- « Cassius, c’est prêt, en route ! »

 

Dona Lucia , à la voix du soleil, nous appelle près d’un petit char attelé à un impatient cheval gris. A l’avant a pris place un fonctionnaire, raide et froid comme une statue . Dans le char, on a hissé un énorme coffre scellé de chaînes, de verrous, de cachets de cire.

Dona Lucia tend à Cassius un parchemin roulé et cacheté 

 

– « c’est un message pour le gouverneur, pour expliquer l’affaire du petit et demander sa clémence. A toi de juger s’il faut lui remettre, le problème s’est peut-être résolu tout seul . Dans ce cas, tu nous rendras le parchemin ».

 

-« Au revoir le Petit ! Le petit voyageur  (et elle m’embrasse affectueusement). 

Quand Julius arrivera, peut-être dans quelques semaines, on le renvoie tout de suite à la maison, il reviendra nous creuser un autre puits. Tu reviendras avec lui !! . Tiens, voilà, ton manteau, il est tout boueux, il faut le nettoyer ; voilà une couverture pour le voyage, tu la laisseras dans le char, tu peux garder la chemise » 

 

 

Elle m’embrasse encore et m’aide à grimper dans le char 

-« il n’y a plus de place »

- « Assieds toi sur le coffre, petit, c’est le trésor de Rome, ainsi il ne le perdra pas en route » et du menton, elle me désigne l’impassible fonctionnaire. 

 

Je me drape dans la couverture et m’assied sur le trésor de Rome. Cassius s’installe à l’avant, prend les rênes et le char s’ ébranle.

 

- Au revoir, Dona Lucia, Vale, Vale !

- « Vale, Viator » 

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Mons   octore 2010

 

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