Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
voiesanciennes.over-blog.com

Voies anciennes et littérature en pays Picard: l'écrivain Paul André, par Paul ROLAND

L'écrivain Paul ANDRE    

Biographie: 

Né en 1941 à Bléharies (Sud-Tournaisis).  Enfance rurale aux rives de l’Escaut franco-belge.

Humanités anciennes à Tournai. Licence en Philo Romane à l’U.C.L.

De 1963 à 1966 coopérant en Tunisie (professeur de Lettres au Lycée mixte de Kairouan). Voyages dans les pays du Maghreb et le Sahara. Enseignant à Tournai de 1966 à 1996. Retraité. Marié, père de famille. Poète et nouvelliste. Ecrit en français et en picard. Islamologue autodidacte. Travaux manuels.

Décédé le 21 novembre 2008.

Notice bibliographique 

• Du pays alezan, poémes. Préface de Marcel Thiry. Louis Musin, Bruxelles, 1977.

• Il est permis de rêver, nouvelles. Louis Musin, Bruxelles, 1981. Prix Charles Plisnier.

• Raveluques, poèmes en langue picarde. Maison de la Culture, Tournai, 1981.

• C’est, poèmes. Préface de Henri Pichette, Ed. Granit, Paris, 1995.

• Traque d’Eros, récit-poème. Ed. Le Taillis Pré, 2001.

• D’Ambleteuse et d’elle au plus près, poèmes. Ed. Esperluète, 2004, réédition 2007.

• Le petit cri têtu du perce-neige, poèmes. Ed. Les déjeuners sur l’herbe, rue de la Barberie, 111, B.7712 Herseaux.

• A bas bruit, les instants. Ed. Esperluète, 2007.

• Contes des Sages du désert. Ed. Seuil, 2007.

• Contes des Sages au fil de l’eau. Ed Seuil 2008.

 

À plusieurs reprises, dans son œuvre, Paul ANDRÉ fait référence à la reine Brunehaut, dont le nom a été donné à des tronçons d’ anciennes chaussées romaines, dans nos régions. C’est avant tout l’ aura légendaire du personnage qui stimule l’imagination du poète.

 

Le canton que j’habite est peuplé de reines Brunehaut. Les anciennes chaussées qui quadrillent ce pays portent son nom et je suis né à trois portées d’arbalète d’un menhir Brunehaut.

Pourquoi cette vieille mérovingienne qui mourut attachée à la queue d’un cheval fou a-t-elle laissé son nom à tous ces chemins du Hainaut ? Je ne sais trop. Mais je la vois en sa jeunesse, brune et hautaine à la fois. Dans les brumes ou les brouillards d’automne la Brune-haut erratique parcourt le pays sans que personne ne la voie. Sauf moi qui parviens à deviner un bruit de galop qui longe l’Escaut.

Je n’ai pas encore rencontré Frédégonde. Patience.

 

(inédit)

 

 

*C’est Brunehault, royale et nue, qui se baigne au plus fort de l’été. Elle a jeté sa robe aux orties pour ne garder que ce collier de fer, forgé par ceux-là mêmes qui la mettront à mort, beaucoup plus tard, un soir de triste fête. Autour de son corps lisse, c’est une petite musique d’eau et d’herbe, qui coule à bas bruit. Le limon graveleux lui tanne les sens et l’accomplit.

C’est elle : la Reine. Nue dans l’eau trouble et la luisance des feuilles. Entourée de sa gent de couleuvres, sa garde de crapauds. Elle tourne la hanche, penche le cou, plie les genoux, révèle un ventre lourd de fières pesanteurs.

Et le point d’orgue de sa chair.

 

(C’est, éd. Granit, Paris, 1995, p.27)

 

 

Dans le texte qui suit, la « Pierre Brunehaut » aimante l’attention, repère bien plus ancien que les nombreux clochers des villages, qui se découvrent dans la plaine d’ alentour et chantent  le temps, l’espace…et même se moquent des frasques des gens, si l’on en croit les sentences de leur coq ! 

 

 

Les clochers continuent d’égrener le temps, métronomes têtus qui tancent les villages de leurs doigts levés.

Mais c’est vers cette pierre levée que nous mènent nos pas. Elle s’érige et s’assume, résolument seule dans la grande aire des champs : toutes les paroisses l’ont fuie au fond de l’horizon. Elle, s’est cantonnée dans sa certitude mégalithique, mais dit que nous pouvons encore aller à elle.

Sans montre, sans boussole : un rien la ferait vaciller.

 

(À bas bruit, les instants, éd. Esperluète, 2007)

 

Le texte suivant décrit l’ être humain,  essentiellement comme un voyageur épris de grand espaceet de chemins, tiraillé entre ce qui l’ attache ou le retient à la terre et les lointains qui le fascinent. 

Coïncidence anecdotique : près de la « Pierre Brunehaut » se trouve une table d’orientation qui indique la direction et la distance à parcourir jusqu’ à Compostelle.

 

Nous sommes hôtes de la terre.

Pèlerins passagers, défroqués, dévoyés en rupture d’espoir.

Nous cherchons, errons sur les drailles et les chemins de grand vent.

Et les routes, et les layons, et les piedsentes et les sentiers de grande Compostelle.

Mais à l’étape du soir, nous hésitons à redresser l’échine pour regarder en face le grand noir éclairé du ciel trop galactique.

 

                                                             (Marches d’été : Kilomètre 700)

 

*

 

 

Dans le poème qui suit, la « rue ouvragère » est plus modestement celle du village, patiemment tracée par ses habitants amoureux du beau geste artisan.

 

 

Il y avait dans la rue ouvragère

Le pas de cet homme de velours noir,

À sabots beiges de bois de saule,

Et qui connaissait tous les noms d’oiseaux du pays.

Il allait à sa forge comme on va à son pain, son amour ou son auge.

Tous les matins il allait rallumer la braise rouge dans l’hiver 

noir et blanc. 

Georges-l’été.

 

                                             (Marches d’été :En hommage à ses mains)

 

 

Partager cette page

Repost 0